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Publié par A.V.P.

Mobilité douce et sortie de crise

Parler de transition écologique sans s'en donner les moyens et ignorer un mouvement social de contestation des taxes, c'est la principale maladresse gouvernementale de ces dernières semaines. Traité d'hypocrite ou de manipulateur, l'exécutif  tente de rebondir en annonçant des mesures multiples ( mais mesurées ) afin de réduire l'empreinte carbone de la mobilité de demain, dont la promotion renforcée des Véhicules Electriques ( VE). Une stratégie dangereuse pour certains, un choix qui s'impose pour d'autres.

Au témoignage d'un utilisateur éprouvé des premiers véhicules électriques ( voir l'article ci-joint), les opposants à la mobilité décarbonée objectent des motifs financiers et techniques de bon sens, sans compter une vision prudente quant à l'absence de localisation européenne ou d'impact carbone neutre dans la production des batteries utilisées dans les nouveaux moyens de transport.

Quel véhicules d'avenir?

Avec un cap gouvernemental fixé à un million de véhicules électrifiés dans le parc français d'ici à 2020, la multiplication par cinq du nombre de véhicules 100% électriques ( alors qu'il y en a eu seulement 30 000 de vendus en 2017, soit 1% des véhicules mis en circulation ), le développement des VE doit faire face à trois freins incontournables: un coût à l'acquisition élevé, une autonomie faible et un réseau de charge embryonnaire. La production électrique n'est par ailleurs pas suffisante pour couvrir les besoins des ménages en certaines périodes. Et l'annonce de la fermeture de plusieurs centrales dans les années à venir n'est pas de nature à rassurer sur la couverture des besoins de la nation. Alors que le coût de la maintenance des VE est faible, celui de l'électricité avec ses charges adjointes et ses taxes sera bien évidemment revalorisé à l'avenir, ce qui fait que le choix du tout électrique, avec son quasi-monopole de production est aussi une impasse pour le pouvoir d'achat des français.

Un choix effectué sous pression

Si l'on analyse l'ensemble de la chaine de production des véhicules électriques on constate que le processus de fabrication des batteries n'est pas absolument pas neutre en carbone. Elle nécessite énormément d'énergie ( une batterie de 40KWh émet autant de CO2 lors de sa fabrication qu'un véhicule diesel qui roulerait 60 000 Km ) sans compter les conditions écologiques ou humanitaire d'extraction  des terres rares nécessaires aux batteries ou aux moteurs qui sont régulièrement pointées du doigt par les Organisations Non Gouvernementales. Mais surtout, et à la différence des batteries au plomb et batteries chaudes ( utilisées par exemple pour la navette  gratuite du centre ville d'Epinal), il n'existe à ce jour aucune filière rentable de démantèlement et de recyclage des batteries. Dernière limite à l'option tout électrique: le stockage de l'électricité est toujours aussi problématique, car couteux sinon impossible, du fait des déperditions d'énergie quel qu'en soient les supports de conservation. Et le mix de production énergétique faisant la part belle au nucléaire a une empreinte carbone cachée et délocalisée chez les pays producteurs d'uranium.

Une erreur stratégique

D'un point de vue stratégique, sur le plan politico-économique, la Chine néo-communiste et manufacturière ( mais toujours aussi anti-démocratique pour ne pas dire impérialiste et anti-sociale ) domine avec arrogance le marché des batteries ( elle détient 60% des ressources naturelles nécessaires et 80% de la capacité de production mondiales ) sans parler de celui des  panneaux photovoltaïques qui lui est complémentaire. Et par nos choix à court terme, nous la soutenons allègrement -addicts que nous sommes aux bas prix - par l'abandon de filières industrielles locales ou au moins européennes dans des technologies d'avenir peu rentables pour le moment. Première nation pollueuse au monde, la Chine prend la relève du Moyen-Orient dans le déficit de notre balance des paiements et nous ne faisons que déplaçer le lieu et la source de pollution ou de risque. Un nouvel auto-goal pour les économies occidentales.

Quel projet d'avenir pour l'Occident?

Le véhicule électrique est malgré tout une option qu'on ne peut refuser, tout particulièrement avec le développement en cours de supercondensateurs spécifiques aux transports industriels ( bateaux et poids lourds ). Mais à plus long terme, les mobilités à base d'hydrogène sont incontournables. Plus pratiques en termes de souveraineté économique, plus évidentes pour réduire la pollution. Sauf que les fabricants automobiles français -mal orientés par les gouvernements successifs, trop préoccupés par l'emploi dans le secteur automobile et le maintien des recettes confortables d'EDF- ont totalement occulté les technologies de transition ( les options hybrides fiables ayant été privilégiées par les concurrents asiatiques) ou totalement décarbonnées-dénucléarisées comme les piles à combustible à base d'hydrogène, dont une marque coréenne innovante est en situation de domination mondiale. La prochaine révolution énergétique sera liée à la capacité des gouvernants  à imposer l'usage de l'hydrogène dans les véhicules de demain, en fédérant industriels, distributeurs et collectivités locales autour de cette idée stratégique. Hormis à pied ou à vélo, l'hydrogène est l'avenir des pays occidentaux et des nations non productrices d'énergie. Tenter de développer le tout électrique est une entreprise sans issue, vers laquelle nous allons tout droit, aveuglés par l'urgence et poussés à la faute par la connivence entre politique et industrie, qui limite toute planification audacieuse.

Eva Mantendre

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